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La démarche Cradle to Cradle appliquée pour la première fois à Genval.
Rénover un bâtiment avec des matériaux recyclés à 100 %.

Rénovation originale à Genval. Un bâtiment de 4 000 m2 vient d’être remis à neuf selon la démarche Cradle to Cradle. Une première. C’est-à-dire que tous les matériaux utilisés sont passés par la filière du recyclage. Un procédé qui ne vise pas seulement à réduire les impacts négatifs l'environnement.

De l’extérieur, il s’agit d’un simple bâtiment de bureau. L’architecture est de qualité mais elle n’est pas de nature à renverser des montagnes. D’ici décembre, ce bâtiment situé rue du Cerf à Genval attirera pourtant les projecteurs : la première rénovation utilisant la démarche Cradle to Cradle (du berceau au berceau) sera terminée, après huit mois de chantier. Une démarche d’éco-construction lancée il y a une quinzaine d’années mais qui est davantage utilisée pour les nouvelles constructions. En résumé, il s’agit d’un concept d’éthique environnementale dont le principe est "zéro pollution et 100 % recyclage". Tous les matériaux respectent ce concept : ils proviennent soit du bâtiment et ont été recyclés et réutilisés par la suite dans la rénovation, ou bien ils ont été achetés à l’extérieur mais sont labellisés Cradle to Cradle (voir ci-dessous).


Séduits par une rénovation novatrice


L’IBW (Intercommunale du Brabant wallon) et le Groupe BIA, actif dans la vente et le service d’équipements de travaux publics, de terrassement, de carrières, de recyclage et de manutention industrielle, sont les maitres d’ouvrage. Ils ont racheté ce site d’un hectare, rebaptisé depuis « Le Mazarin », en septembre 2013. Chacun dispose de deux étages, soit 2 000 m2 par entité. L’objectif pour l’IBW est d’y installer son troisième centre d’entreprises destiné au spin-off, start-up, TPE et PME. IBA, de son côté, souhaitait disposer d’espaces plus spacieux. "Nous avons été très vite séduits par l’idée d’opter pour une rénovation novatrice inspirée par la démarche Cradle to Cradle, explique Pierre Boucher, président de l’IBW. Une certification qui est déjà fortement présente pour les processus industriels. Dans ce cas-ci, il s’agit de la première transposition de cette démarche à la rénovation complète d’un bâtiment."


Faux-plafonds, câbles, isolants, cloisons


Le bâtiment respectera les standards passifs. La rénovation est plutôt intéressante financièrement puisqu’elle aura coûté 800 euros/m2. C’est le bureau d’architecture Synergy International et le département rénovation de Thomas & Piron qui ont réalisé le projet. "Cette solution est novatrice, économique, durable et rapide, s’enthousiasme l’architecte Sébastien Cruyt. Tous les matériaux ont été soit récupérés et réutilisés dans le bâtiment, soit sélectionnés car ils respectaient le label Cradle to Cradle. Nous avons, par exemple, récupéré les faux plafonds, les câbles électriques, les isolants, les châssis ou encore les cloisons de bureaux. Tout n’a toutefois pu être réutilisé : la tuyauterie de chauffage n’a malheureusement pu être maintenue. Nous avions effectué les tests nécessaires qui prouvaient leur fiabilité mais le risque était trop grand qu’elle ne cède après quelques années."

L’architecte a décidé de ne pas isoler le bâtiment par l’extérieur, de manière à ne pas entraver l’architecture du bâtiment ni réduire la luminosité. Même si la priorité était la rénovation intérieure, deux gestes architecturaux ont néanmoins été posés, avec une structure qui lie les deux étages appartenant à chaque société.


Un nouvel isolant 100 % naturel


Autre nouveauté : le processus de réflexion a entrainé le développement d’un nouveau matériau isolant totalement novateur. L’entreprise Derbigum, implantée à Perwez, a mis en œuvre un complexe d’isolation et de pare-vapeur posé sur le côté intérieur de la façade. Il est totalement Cradle to Cradle. Il se compose d’un isolant en liège et d’un pare-vapeur végétal, le tout amenant le bâtiment à un niveau de performance du standard passif. "Il s’agit en fait de liège qui est chauffé à 250°, la résine permettant d’assembler les résidus, explique Francis Blake, le directeur de Derbigum, une entreprise spécialisée dans les revêtements pour toiture. Il faut ensuite le scier pour obtenir des blocs isolants de 10 cm sur 14 cm. Nous y ajoutons un revêtement confectionné par nos soins, une sorte de membrane végétale. L’efficacité est vraiment remarquable pour un produit naturel."

Du côté de l’Intercommunale du Brabant wallon, on est bien évidemment satisfait de l’initiative. Active dans le traitement des déchets, il s’agit en quelque sorte du prolongement d’une de ses missions. "Et puis, surtout, nous faisions déjà du Cradle to Cradle sans le savoir, précise Baudouin le Hardy de Beaulieu, directeur de l’IBW. Ce projet aura valeur d’exemple. Il en appelle d’autres. Nous resterons à l’avenir dans cette vision intéressante de réutilisation de matériaux. Il serait par ailleurs intéressant de faire essaimer cette idée auprès du grand public pour diminuer les déchets liés à une rénovation. Ces derniers représentent une quantité importante des déchets de nos parcs à conteneurs !"


> Xavier Attout


L'architecte: « Créer un bâtiment réversible »


La démarche Cradle to Cradle a été mise en place dans les années 1980 par le chimiste allemand Michael Braungart et l’architecte américain William McDonough. L’architecte Steven Beckers, qui a encadré le processus, parle "d’économie circulaire à impact positif".


> D’où vient cette démarche Cradle to Cradle ?

Dans le modèle Cradle to Cradle, la conception du produit et du processus de fabrication est définie de telle sorte que le produit peut être récupéré, désassemblé et entièrement réutilisé. Aujourd’hui, lors d’un projet de rénovation, on crée des objectifs en fonction des stratégies (site, eau, énergie, matériaux, qualité environnementale). Et on va rarement plus loin. Avec cette démarche, nous allons au-delà du développement durable : nous proposons « l’eco-effectiveness », qui crée des objectifs qui vont au-delà des objectifs déjà fixés. L’idée n’est pas seulement de réduire l’impact négatif sur l’environnement mais également d’augmenter l’impact positif.


> Qu’est-ce qui a guidé votre démarche ?

L’idée est que tous les travaux et aménagements que l’on effectue à l’intérieur d’un bâtiment puissent être réversibles. Un bâtiment de bureau pourrait être transformé en logement dans vingt ans. Il faut en tenir compte. Tous les matériaux doivent également être remplaçables. 

L’approche est également systémique. Si on installe une toiture verte ou des panneaux photovoltaïques, cela entraine toute une série de conséquences connexes. En fait, nous essayons de produire des bâtiments qui produisent plus que ce dont ils ont besoin. Nous parlons par exemple de matériaux sur-recyclés et non  pas simplement recyclés car, lors de chaque transformation, un matériau perd de sa qualité.


> Propos recueillis par X. A.


Article issu de notre mensuel Espace-Vie n° 246