Centre culturel du Brabant... / Archives / ARTS / Littérature - BD / Le lauréat du Prix Jean Muno 2008 est connu

Le lauréat du Prix Jean Muno 2008 est connu

Le lauréat est In Koli Jean BOFANE, primé pour Mathématiques congolaises, publié par les Éditions Actes Sud / Aventures, en avril 2008.

Ce mercredi 19 novembre, le jury du Prix Jean Muno annonçait le nom du lauréat au Château de la Hulpe, lors d’une soirée organisée à la mémoire de l’auteur décédé en 1988. Après une proclamation théâtralisée et riche en émotions, les gourmandises et happenings littéraires ont offert une note encore plus festive. L’ambiance prestigieuse, pourtant intime et quelque peu mystérieuse du Château a servi de cadre idéal pour recréer l’univers fantastique de l’écrivain Jean Muno.

Mathématiques congolaises

Celio Mathématik, jeune fana de mathématiques dans une Kinshasa de la débrouille, va grimper candidement dans les cercles obscurs du pouvoir. 

Dans une Kinshasa secouée de remous de toutes sortes, Célio aurait pu traîner sa galère encore longtemps, n’eût été sa rencontre avec le directeur d’un bureau aux activités très confidentielles, attaché à la présidence de la République. La faim tenaille suffisamment les ventres pour que le débat sur bien et mal ne puisse être sérieusement envisagé. La ville ne fait pas de cadeau, le jeune homme le sait, et il tient là l’occasion de rejoindre le cercle très fermé des sorciers modernes qui manipulent les êtres et la vie quotidienne. 

Orphelin depuis l’une des guerres qui ravagent le pays, Célio se rêve grand mathématicien, conservant comme une bible un vieux manuel scolaire retrouvé dans le sac de son père instituteur, tué au hasard d'une route de fuite. C’est grâce à des théorèmes et à des définitions que Célio espère influer sur le destin dont il dit n’être que le jouet. 

Dans le jeu subtil de la manipulation politique, si loin de l'amitié constante du père Lolos, le prêtre qui l'a recueilli autrefois, Célio a l'ambition d'exceller et de faire parler de lui. Facile : le jeune homme, a toujours été proche des phénomènes complexes. Il a toujours su établir un dialogue privilégié avec les mathématiques. Ce n'est pas pour rien que ses amis l'ont surnommé « Célio Mathématik ». Appliquer ses connaissances à la désinformation, c'est ce qu'il compte accomplir. 

C'est à travers les épreuves, aussi, qu'il lui faudra procéder à des choix cruciaux, tenter de maîtriser les déséquilibres dans un environnement livré aux tiraillements et au chaos institutionnalisé. 

Avec humour et gravité, connaissant son monde, et pour cause, In Koli Jean Bofane campe d’une plume aussi acerbe qu’exotique ses personnages et dresse des tableaux d’un Congo que le lecteur s’approprie vite parce qu’il sent les rues, palpite au rythme des musiques et des images livrées avec justesse et énormément d’empathie.

Parmi une petite dizaine de personnages forts, typés et vivants sous nos yeux, Célio Mathématik devient ainsi très vite un personnage auquel on s'attache, un Candide d'Afrique, sapeur à ses heures, amoureux et bon copain, qui saura finalement faire le bon choix.

L’auteur

In Koli Jean Bofane est né à Mbandaka (RDC), le 24 octobre 1954, vers midi, là où le fleuve Congo croise l’équateur. Il arrive en Belgique en 1960 pendant les troubles de l’indépendance. Après des aller-retour entre le Congo et l'Europe, des études en publicité et communication, il rentre au Zaïre en 1983. Il travaillera dans la pub qui émerge à Kinshasa, jusqu’au moment où le Maréchal Mobutu met en place un processus démocratique en 1991, ce qui lui permet de créer une maison d’édition (Publications de l’Exocet). Les pillages de 1991 et 1993 ainsi que la répression dans le milieu de la presse et de l’édition compliquent les choses et Bofane quitte le Zaïre en juin 1993.

Arrivé en Belgique, il se lance dans la littérature de jeunesse en publiant aux éditions GallimardPourquoi le lion n’est plus le roi des animaux en 1996. Il obtient le Prix de la Critique de la Communauté française de Belgique. Un second ouvrage est publié en 2000, intitulé, Bibi et les canards qui parle de migration. Ces albums ont été traduits dans une dizaine de langues.

Entre-temps, il œuvre dans l’associatif et s’efforce en parallèle d’ériger la parole en tant que mode de sensibilisation. Dans ce but, il met en place des ateliers, des animations destinées aux jeunes et aux adultes, participe à des événements culturels à travers le pays. Ce travail le conduit naturellement à intégrer un groupe de recherche en prévention et résolution des conflits pour la région de Grands lacs (Grapax) et à adhérer à une ONG qui s’occupe de réhabiliter la justice dans des zones de conflits (RCN-Justice et démocratie).

Si l'écriture s’est imposée à lui relativement tard c’est qu’à un moment donné, il a fallu témoigner. Et il y a aussi le fait, indéniable, que la réalité dépasse de loin la fiction, mais que cette réalité n’est pas toujours perceptible surtout quand elle est brutale ou que le merveilleux se niche là ou on ne l’attend pas. Il a, alors, fallu emprunter la forme fictionnelle pour rendre cette réalité palpable. Il y avait aussi la mémoire de l’Afrique à réhabiliter. Parce que, tant que les histoires de chasse seront racontées par les chasseurs, les chasseurs, toujours, l’emporteront…

Pour en savoir plus sur Jean Bofane

Si vous souhaitez participer au prochain Prix Jean Muno, en 2010, ou en savoir plus sur la façon dont il s’organise, cliquez ici

Libraires, bibliothécaires, enseignants…, vous souhaitez organiser des animations littéraires autour du prix Jean Muno ? Lisez notre proposition.