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RENCONTRE

Rencontre avec Jean-Paul Mathen, président de l'Association des architectes du Brabant wallon (AABW)

L’architecte Jean-Paul Mathen, président de l’AABW, sur le gril

«Je me définis comme un architecte du quotidien»


Jean-Paul Mathen se dévoile. Le Corbaisien évoque ses coups de cœur, ses inspirations et ses projets. De quoi découvrir un peu plus cette forte personnalité du Brabant wallon, parfois décriée, mais qui entend multiplier les projets pour encadrer la jeune génération.


En deux mots

Jean-Paul Mathen, ingénieur civil-architecte, diplômé de l’UCL, exerce depuis 1975 et possède une spécialisation dans la rénovation des bâtiments et du patrimoine. Il travaille au sein de l’atelier d’architecture Mathen, à Corbais, en compagnie d’une dizaine de collaborateurs, dont son fils, Jean-Christophe. Cet habitant de Mont-Saint-Guibert est également président de l’Association des architectes du Brabant wallon (AABW) depuis une dizaine d’années. Son mandat se terminera fin 2012. 


Mes architectes les plus talentueux

Georges Pepermans. C’est un des plus grands de l’après-guerre. Il a notamment conçu le restaurant universitaire de Louvain-la-Neuve.

Je suis obligé de citer mon fils Jean-Christophe (rires) ! Il a un vrai talent. Il est en train de reprendre la direction architecturale de son père.

Mes trois projets coups de cœur

Un ensemble de logements collectifs que nous avons réalisé à Lauzelle (Louvain-la-Neuve). Il s’agit de la résidence Margau et Pomerole. La mise en place de réponses par rapport aux besoins du promoteur était réussie. On a aussi veillé à s’inscrire dans une expression architecturale qui puisse durer dans le temps.

L’extension de l’école Saint-Jean-Baptiste, à Wavre. Tout en répondant au programme, nous avons tenté de réécrire l’histoire de la venue des premiers frères lassaliens, notamment en reproduisant les trois maisons qu’ils ont occupées. Nous avons aussi joué sur la lumière.

La multitude de maisons unifamiliales que j’ai réalisées. Il y en a 280 au total ! J’ai tenté de répondre, à chaque fois, au mieux aux besoins.

Les trois architectes qui m’ont marqué

Jean Cosse. C’est quelqu’un qui m’a vraiment étonné et que j’admire. Pour deux raisons : l’intégration de ses projets au sein du paysage et son approche de la recherche de proportion dans le rapport à l’échelle humaine.

Raymond Lemaire. C’était un historien au départ, une personnalité imprégnée d’un grand humanisme. Et tellement érudit. Par ses compétences, il savait retrouver l’écriture architecturale grâce à l’analyse des bâtiments anciens.

Yves Lepère. Pour son approche kahnienne et l’analyse des espaces servant et servi (NDLR : espaces de circulation et espaces servis par ceux-ci)

Le bâtiment que j’aurais aimé dessiner

Il y en beaucoup ! Notamment celui de l’église Saint-François d’Assise de Louvain-la-Neuve. Pourquoi ? Pour la spiritualité qu’elle engendre et pour les formes simples qui rappellent les monastères d’antan.


« Les jeunes architectes doivent être encadrés »


> L’architecture en Brabant wallon, c’est…

Des lotissements créés par des promoteurs et des géomètres avec pour seul objectif la rentabilité. Alors que si on regarde, par exemple, le plan directeur de Louvain-la-Neuve, il est possible de proposer des projets très diversifiés.

> Est-on trop frileux chez nous ?

Tout le monde veut sa petite maison avec jardin et son garage. Tant que les décideurs politiques n’auront pas envie de changer le cours des choses, rien n’évoluera.

> Justement, comment convaincre les candidats bâtisseurs de faire appel à un architecte plutôt qu’à un promoteur de maisons clé-sur-porte ?

En les rassurant sur deux points : la problématique des délais et celle des budgets. Car si les architectes adoptaient des mesures de gestion comparables à celles des promoteurs de clé-sur-porte, ils s’en sortiraient beaucoup mieux. Ils seraient alors susceptibles de créer des logements moins chers et plus diversifiés. Comment procéder ? En analysant davantage les coûts au niveau de la conception et des modalités de mise en œuvre par les entreprises. C’est ce qui pose problème aujourd’hui pour les architectes.. 

> Les architectes ne se plaignent-ils pas un peu trop ?

Peut-être. Mais ils se plaignent d’une certaine incompétence du public et du fait que les prescriptions du Cwatupe sont écrites par des juristes et non pas des architectes. Je ne suis pas certain qu’ils se plaignent davantage que d’autres professions.

> Un projet architectural qui vaut le détour en Brabant wallon ?

Je mettrai en avant le florilège de projets qui existent à Louvain-la-Neuve, tels que le projet Shell réalisé par Philippe Samyn ou encore le musée Hergé de de Portzamparc. Il y a aussi ceux de Jacqmain, Verhaegen ou Cosse.

> Satisfait du fonctionnement de l’AABW ?

Oui, pleinement. Nous comptons 172 membres. Une vingtaine d’activités par an sont organisées telles que des visites ou des conférences. L’objectif est de resserrer les liens entre l’architecture et les autres professions. Mon seul regret vient des consultations gratuites que nous proposons le samedi matin à Wavre en présence de deux architectes. Peu de monde s’y présente.

> Mais l’AABW est en passe de lancer un nouveau projet…

Oui, il s’agit de quelque chose d’assez novateur. Nous avons envie de faire profiter aux jeunes architectes de l’expérience des plus anciens. Un système de parrainage va être mis en place. L’idée est qu’un architecte les guide, les encadre, notamment par rapport aux difficultés économiques que va connaitre la profession dans les prochaines années. Savez-vous que 60 à 70 % des architectes ont des revenus en dessous du seuil de pauvreté! Une des solutions est que les architectes choisissent des secteurs d’activités pour lesquels ils sont formés, dans les entreprises par exemple. Il n’y a pas que les bureaux d’architecture! À ce niveau, il y a une responsabilité des écoles d’architecture qui leur laisse miroiter comme unique perspective de travailler dans un bureau.

> X. A.


Rencontre extraite de notre mensuel Espace-Vie d'octobre 2012.