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La tristesse architecturale des logements publics

Le logement public ne joue pas son rôle de laboratoire en Brabant wallon

À Bruxelles, des architectes démontrent qu’il est possible d’associer archi-tecture contemporaine et logement public. Ce n’est pas le cas en Brabant wallon. Les projets se multiplient mais restent standardisés. L’accent est mis sur les performances énergétiques. Tentative d’explication.


Pourquoi les logements publics construits en Brabant wallon sont-ils aussi convenus ? La question peut être posée quand on découvre les projets développés à Bruxelles ou à l’étranger (France, Pays-Bas, etc.). Colorée, surprenante, réfléchie : l’architecture semble y trouver un espace propice à la création. Un retour aux sources en quelque sorte quand on se rappelle que le logement social a toujours été considéré comme un laboratoire de l’architecture contemporaine. Sauf que la source n’est pas vraiment située en Brabant wallon…

Car de Rebecq à Orp-Jauche ou de La Hulpe à Chastre, il faut en convenir : c’est le désert. Pas un projet ne sort du lot. À qui la faute ? « Les coûts sont aujourd’hui tellement serrés qu’il est impossible de développer de tels projets, fait remarquer Nicolas Cordier, directeur de la société de logement public « Notre Maison », qui gère près de 1 700 habitations. Un logement de deux ou trois chambres ne peut pas dépasser les 130 000 euros ! L’aspect architectural n’est donc pas notre priorité. Nous veillons avant tout à construire un logement qui dispose de bonnes performances énergétiques et qui possède une architecture qui s’intègre au bâti environnant. Je pense que la culture architecturale est différente à Bruxelles et en Wallonie. Faut-il des projets qui se démarquent, au risque de stigmatiser les personnes qui y habitent ? C’est un risque adjacent si on met en place des logements qui ont une couleur vive ou un bâti trop original. Il est difficile d’accepter cela dans des milieux plus ruraux. »

Son confrère Jacques Otlet, directeur de la société de logement « Immobilière publique du centre et de l’est du Brabant wallon », confirme les difficultés, tout en ajoutant un élément. « Le prix du foncier en Brabant wallon ne permet pas d’avoir une architecture qui sort du lot, explique l’Ottintois. Les communes n’ont même plus de terrains à nous proposer pour développer des projets. C’est un vrai problème et un enjeu majeur. La solution serait que la Région wallonne subventionne l’achat de terrains en Brabant wallon car notre province n’est pas mise sur un pied d’égalité, vu que les coûts de construction sont similaires. Si vous me proposez des terrains à moindre coût, je vous assure que nous pourrions développer des projets qui possèdent une architecture originale. Même s’ils coûtent 15 % plus cher… »

La frilosité des politiques brabançons

Un son de cloche qui n’est bien évidemment pas partagé par les architectes. Le Bruxellois Pierre Blondel démontre par exemple depuis quelques années qu’il est possible d’associer architecture contemporaine et logement public. On ne compte plus les projets de logements publics qui sont passés entre ses mains. « Pourquoi ce modèle n’est-il pas transposable au Brabant wallon ? C’est une très bonne question, sourit-il. Si vous avez la réponse, je suis preneur ! Les projets de plus de cinq ou six logements doivent être publiés au Moniteur pour un appel à candidatures. Nous l’épluchons régulièrement. Or, pour la Wallonie, nous n’y retrouvons presque jamais de projets. Ce n’est pas normal. Je m’interroge donc sur les procédures de sélection mises en place. La situation est similaire dans certains cas à Bruxelles. Nous ne travaillons jamais avec certaines communes car nous n’en avons pas la possibilité. » Selon Jean-Paul Mathen, président de l’association des architectes du Brabant wallon, « il y a déjà une frilosité des politiques brabançons à développer des projets de logements publics ». Il ajoute que ces mêmes politiques ont « souvent une vue rétroactive de l’architecture, ce qui empêche le développement de projets qui sortent des sentiers battus. »

« Les mêmes tarifs qu’à Bruxelles »

Quant au fait qu’il s’agisse d’une question de coût du logement ou que l’enveloppe budgétaire soit plus large à Bruxelles, Pierre Blondel balaie ces arguments d’un revers de la main. « Ce que l’on construit à Bruxelles est similaire à ce que l’on pourrait construire en Brabant wallon : le prix de construction est le même, la surface aussi, de même que la réflexion architecturale. Nous sommes conscients que l’enveloppe est serrée pour les logements sociaux. Nous ne demandons pas mieux de travailler en Brabant wallon. De mémoire, le seul projet pour lequel nous avons récemment remis une candidature concerne l’aménagement de logements au Foyer wavrien, juste à côté de l’ancien Athénée Folon. Nous attendons une réponse. Cette situation est en tout cas bien étrange. »

La procédure en la matière est pourtant claire. Deux possibilités s’offrent au demandeur : passer par une procédure négociée ou introduire un appel d’offres publié au Moniteur. Différents seuils déterminent le choix. On sait par exemple qu’au-delà de 67 000 euros (HTVA) par logement, les projets doivent passer par un appel d’offres. « Les propos de Pierre Blondel sont étonnants car nous publions régulièrement au Moniteur des appels d’offres de nos projets, lance Nicolas Cordier. C’était encore le cas récemment pour un dossier de 50 kots à Louvain-la-Neuve. De nombreux bureaux d’architecture bruxellois nous répondent. Je n’ai donc pas l’impression qu’il y ait un souci à ce niveau-là. Enfin, en ce qui concerne la procédure négociée, il arrive que pour les petits projets de quatre ou cinq logements nous nous contentons de mettre quatre ou cinq offres en concurrence. »

> Xavier Attout


Cet article est issu du numéro 230 d'Espace-Vie.